L’amour n’est presque jamais ce que l’on imagine.

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Le mot, la notion d’amour est certainement la plus utilisée, galvaudée et rébarbative du lexique humain. L’effet continuel des clichés à son sujet et du non-sens global qui en découle nous interdit si bien sa compréhension profonde, qu’il n’est pas rare, pour les plus sensibles d’entre nous, de sentir monter une nausée vertigineuse à sa simple évocation.

L’amour devient nausée par le vide qu’il véhicule. Tout ce qui est dit à son sujet semble si superficiel et sans intérêt à  notre ego, que difficile d’en sortir, nous nous mettons à percevoir la part robotique des autres, alimenté par ce grand désir de nous extraire  au plus vite du monde fabriqué qui nous entoure. Nous résistons, la nostalgie de notre planète natale nous étreint. Nous savons que ce monde n’est qu’une terre d’exil.

Si l’amour résonne avec si peu de justesse dans notre cœur, c’est parce que  la majorité  des esprits programmés par nos sociétés est le relais de cette idée unique :  l’union  de deux forces complémentaires considérée chacune individuellement comme lacunaire, le tout présenté comme une nécessité au bonheur personnel de tout individu. L’homme ou la femme  occidentale idéale est sexy et, soit en couple, soit à la recherche d’un partenaire sexuel pour combler sa part manquante, en tout cas il s’agit d’être en mouvement, d’aller chercher quelque chose d’extérieur et de manquant à soi. La femme a besoin de la sécurité et de la force agissante de l’homme quant ce dernier cherche à retrouver sa part créative, émotionnelle et intuitive. La femme incarne la force intérieure  psychique à laquelle il manque la puissance de la  manifestation extérieure (conquête de la matière). L’homme incarne la puissance d’action dans le monde à laquelle il manque l’accès à la profondeur de son centre. Masculin et féminin représentent bien la dualité, principe fondamental de notre univers, l’existence de deux  forces agissantes, deux pôles complémentaires, l’un émetteur envoyant l’énergie (masculin) l’autre récepteur (féminin), tel les deux faces d’une même pièce qui peuvent difficilement entrer en contact : le jour et la nuit, le yang et le yin, le soleil et la lune, le cosmos et la terre, l’aller et le retour.

L’existence de ces deux pôles permet la circulation de l’énergie (tout est énergie) créatrice de notre univers. L’amour est donc une énergie de communication et de transmission d’informations ni plus ni moins. Nos sociétés gouvernées par l’ego sont bâties sur le choix d’une expérience de limitation à l’échelle collectif. Rappelons qu’à l’image de la dualité, il existe deux types d’expérience qui peuvent être choisies individuellement par l’âme pour s’apprendre : l’expérience d’expansion ou de manifestation de ses pleins potentiels (totalité de l’être), et l’expérience de limitation (restriction de l’être). Les deux expériences pouvant évidemment s’alterner, l’humain évolue souvent par le jeu des opposés (l’élastique) en passant de l’un à l’autre. De même il est tout à fait possible de passer une existence entière voire plusieurs dizaines d’existences dans l’expérience de la limitation et inversement. Nous verrons que notre vision restreinte de l’amour nous empêche de le percevoir dans les expériences de limitation des autres. Pourtant il fait partie des deux.

Pour revenir au cliché sociétal, si je prends mon exemple, l’âge de la vingtaine a sonné pour moi le début d’une longue quête effrénée d’un partenaire amoureux et sexuel (inscription sur des sites de rencontres et enchaînement de rendez-vous avec une efficacité digne de la recherche d’emploi).  Cette quête s’est évidemment soldée par un cuisant échec général puisqu’elle ne répondait absolument pas à mes besoins de jeune femme de l’époque qui cherchait  en réalité exclusivement de l’amitié et qui appliquait comme un robot un programme de dépendances affectives générationnelles hérité de sa lignée maternelle (ma mère expérimente toujours cette recherche assidue à plus de soixante ans, et la plupart des femmes de ma lignée s’illustrent par  leur puissant intérêt  pour l’art de la séduction).

La dimension égotique et cartésienne de nos sociétés nous a appris a aller combler notre part manquante à l’extérieur. Nous avons grandi avec la croyance d’être vide, sans ressource et ignorants, dépendants de multiples sauveurs extérieurs : amant, mari, médecin, curé, animaux domestiques… L’amour nécessite une recherche, un passage à l’action, et n’est perceptible que par les sens physiques, n’existe que par l’effet qu’il produit sur nous. L’amour est perçu comme un outil au même titre que toutes les choses sur lesquelles l’humain pose son regard. L’amour doit nous servir sinon nous ne reconnaissons tout simplement pas son existence. L’amour est  toujours restreint à ce qu’il nous apporte du positif, à ce qui rend notre vie plus joyeuse et agréable (aimer du chocolat, aimer partir en vacances, aimer son chien, aimer ses amis, aimer faire l’amour ). Nous faisons de l’amour la condition d’un mieux-être, un objectif à atteindre toujours fuyant à force de notre contrôle permanent de ce que nous croyons être la vie. Nous tournons toutes les choses comme elles nous arrangents, nous les mettons au service de notre petite histoire personnelle. Mais tout est à redéfinir dans la façon qu’a l’homme de percevoir tout ce qui l’entoure, lui même inclus. La vie n’est elle-aussi aucunement extérieure à l’homme. Il est la vie.

L’amour au delà des apparences est reconnu par une poignée grandissante d’êtres qui commencent à s’émanciper des programmes sociétales.Notre ère est celle de l’éveil des consciences, par conséquent de plus en plus de personnes commencent à étendre le champ de l’amour aux autres, aux éléments, aux animaux, a d’autres plan de l’existence forcément moins visible que le monde restreint qui nous a été inculqué. Une  véritable reliance  agissante commence à voir le jour, les personnes se regroupent donnant presque de loin l’impression qu’un nouveau monde se déploie. On reconnait que l’amour circule partout, l’amour ne manque plus, il est en tout être, en toute chose.  Cependant ne nous cachons pas que même au sein de cette grande avancée de prise de conscience subsiste toujours un pouvoir  farouche de l’ego qui contrôle toujours assidûment la reconnaissance de l’amour. L’amour oui, mais pas pour tout le monde et dans toute les conditions !  C’est typiquement le cas de la conception New age du « tout le monde est beau est gentil »  à laquelle adhérent bon nombre de personnes toujours en quête d’un mieux-être extérieur, en optant pour la joie permanente et la fuite de tout « négatif », donnant lieu à une définition de soi fondé sur un ego disproportionné. On voit ainsi certains agir en missionnaire de l’amour, enseignants spirituels des autres,  juges censeur départageant ceux qui sont dans le cœur de ceux qui ne le sont pas. Ce positionnement très reconnaissable va souvent de paire avec l’énoncé de cette phrase  typique : « Moi, cela fait maintenant bien longtemps que j’en ai finis avec mon ego/que j’ai dompté mon ego/que je n’ai plus d’ego » qui en dit long sur la réalité qui s’y rattache et le degré de conscience des concernés. Mais n’affligeons pas trop les autres, ne nous attardons pas trop sur leur ombre car nous possédons exactement la même. Et ce qu’il nous est donné de voir parle de nous.

Pour l’humain, il est plus confortable de voir l’amour dans ce qui l’arrange et de constater  son absence dans ce qui le dérange, et le renvoie à ses blessures propres. Nous nous positionnons tous sans conscience comme juge de l’amour. Mais dans quelle catégorie mettre notre voisin acariâtre ? notre père  tyrannique ? notre patron pervers narcissique ? notre amie jalouse ? ou tout système de pensée fondée sur la peur que nous ne cautionnons pas ?

Voir l’amour dans ce qui normalement ne nous appelle pas à l’amour, c’est vraiment ça l’amour. L’amour qui englobe tout. Mais pour le reconnaître, un abandon de nos projections morales et des définitions, un dépassement de la dualité « gentil/Méchant », « bon/mauvais » et un capacité à s’extraire de son histoire personnelle  est nécessaire. L’amour n’est pas sensé être un effort, et quelque chose d’extérieur à soi dont il faudra faire preuve ou utiliser à une fin. L’amour est inhérent à notre intérieur. Et le comble du paradoxe absolu de l’être humain est de chercher toujours tel le conquérant (versus positif) ou tel le mendiant  (versus victime) la richesse à l’extérieure de lui-même dans une quête acharnée et sans relâche de l’accumulation ou du manque.

L’amour ne relève pas du choix, d’une option mais d’un état. L’amour est, et c’est tout. L’amour est cette énergie de vie fluide créatrice et magique qui coule à la fois en nous, nous anime et anime toutes ce qui nous semble extérieurs/étrangers mais que l’on abrite. Notre centre ne se réduit pas à une zone définie de notre corps ou a notre corps lui-même (vision réduite), notre centre englobe aussi toute notre monde extérieur et ça les traditions chamaniques le savent bien. Tous éléments extérieurs, décors, lieux, personnes, animaux, circonstances sont l’extension des profondeurs de notre centre. L’amour est ce vaste champ d’expérimentation. Ainsi, plus tôt nous aurons reconnu l’amour partout, plus tôt nous parviendrons à nous ancrer et accéder à notre identité (besoins, désirs, passions).

Par conséquent et je sais qu’à l’heure actuelle cette conception de l’amour est très difficile à accepter pour bon nombres d’individus tirant leur pouvoir de leur rôles (victimes en l’occurrence), mais l’amour est présente également dans ce que nous assimilons à des actes de barbarie (la guerre) ou autres expériences physiques douloureuses de l’humain. Comme l’explique si bien Gregory Mutombo (que je vous invite à connaître expressément), le criminel aussi est fait de cette matière et agit en son nom, aussi insupportable que ce point de vue puisse apparaître à votre ego, l’âme elle, ne juge pas.

Ma définition personnelle de l’amour est celle de la liberté. Selon moi la plus grande preuve d’amour qui soit est de laisser un être faire l’expérience qu’il a choisie jusqu’au bout sans le forcer à le ramener dans le sens d’une expérience que je considère plus juste selon mon seul point de vue. Ce choix de définition implique une grande adaptation de ma part, ce n’est pas nécessairement un choix confortable. J’apprends ainsi à lâcher prise sur les choix des autres car je considère que je n’ai aucun pouvoir dessus. Le pouvoir sur l’autre même et surtout au nom du « bien » est selon moi la plus grande forme de tyrannie. Juger que l’autre est dans la mauvaise voie, c’est prendre du pouvoir sur lui et personne ne peut savoir à notre place ce qui est bon pour nous en fonction du parcours de notre âme, de ses acquis ultérieurs. En choisissant d’aimer ainsi les autres, cela implique un travail sur moi, j’apprends mes vraies responsabilités. J’accepte que les personnes qui m’entourent ait leur raison et leur vérité, même si, de mon angle de vue, elles expérimentent clairement la maladie, l’impuissance et l’emprisonnement de leur capacité, je sais que ce choix est une stratégie de leur âme. Par ce choix,  je m’efforce de voir ces personnes du point de vue non humain où siège toute vérité. Ce choix de vision de l’amour dépend de l’enseignement que notre âme est venue appréhender, il diffère donc pour chacun d’entre nous et je n’ai pas la prétention de parler au nom de l’humanité. Si chacun écoute son cœur et surtout observe les schémas répétitifs de son parcours, il peut savoir quel enseignement il est venu acquérir. Parfois il n’est même pas besoin de réfléchir  sur ce que nous apprenons et ce qui est déjà. Même sans réel conscience nous sommes déjà dans la situation et c’est très bien.

Mon parcours a donc été marqué très tôt par des confrontations/rencontres avec des personnes maîtrisant parfaitement leur mal et ne souhaitant aucune aide. L’âme choisit de s’incarner au beau milieu de la problématique comme sur un champ de bataille. Pour moi, dans cette vie un tournant est pris où il est question d’abandonner mon rôle du sauveur en créant des relations justes, en lâchant prise, en restant à ma place, en ressentant mon centre. Cet enseignement implique évidemment des hauts et des bas, des avancées et des rechutes, car on apprend en se trompant, et l’univers recrée indéfiniment les circonstances favorables à notre apprentissage. J’ai commencé très tôt à apprendre au contact de  personnes intransigeantes de mon environnement, la première fut ma mère  une personne très anxieuse qui s’est toujours enfermée dans la maladie (victimisation) avec une refus catégorique d’indépendance. Enfant sauveur, j’ai très tôt été confrontée à la souffrance de ce premier positionnement. Quel enfant ne veut pas sauver sa mère  et la rendre heureuse ? Plus tard, mon père rejoint la troupe en développant une bipolarité, choisissant de se limiter, en refusant de s’occuper de lui et de se soigner, en faisant de sa maison une prison.

Au cours de ma vie j’ai souvent été marqué par ce que je nomme  les « sourires ironiques  » des autres. J’en ai souvent fait l’expérience chez mes interlocuteurs au cours d’une conversation où je prends le positionnement de celui qui confronte l’autre à sa vérité. Le sourire ironique chez celui qui le manifeste sans conscience, indique  une maitrise absolue de sa problématique, en l’occurrence toujours un choix conscient et volontaire de limitation au niveau de son âme. Ces lapsus du corps, parlent du  contrôle exercé sur soi  et d’une certaine justesse de l’expérience. Il faut apprendre à replacer les choses dans le bon sens. Me confronter à leur existence chez les autres est un rappel pour moi de ma nécessité de rester à ma place et d’accepter l’expérience de la personne sans la juger, sans projeter sur elle mon devoir de sauveur.Mon parcours n’a donc été qu’une suite de situations identiques pour trouver ma juste place, le sauveur attirant toujours son équivalent.

Pour finir je prendrais l’exemple le plus marquant de mon ami Tinan, ce jeune homme rencontré en 2009 qui fut mon petit ami puis mon professeur de salsa. Surdoué aux multiples talents artistiques, Tinan m’avait interpellé par la profondeur du sujet du livre qu’il écrivait (nous avions de nombreux points commun dont celui de l’ecri  d’unroman). Marqué par une adoption difficile et l’abandon de sa mère adoptive haïtienne qui en réalité tenait du viol international et exilé en France , Tinan s’est servi de l’écriture pour expliquer en bon surefficient parfaitement contrôlant toute la mise en place de son expérience de limitation, son anesthésie émotionnelle, son choix du non-amour de ses deux mères et donc de toutes les femmes qui croisaient sa route et dont il s’etait pourtant tragiquement rendu dépendant. Croiser  un héros tragique cartésien qui avait décidé de ne laisser aucune place à l’amour et avait renoncé à se définir autrement qu’à travers ses blessures, m’a évidemment amené à repartir dans une expérience de limitation personnelle fortement douloureuse en échos avec le choix d’appren de mon âme. Car il faut savoir qu’en plus de ressentir les zones de déconnexion des autres et leur émotions, les empathes peuvent parfois aussi pressentir l’avenir et ce fut mon cas avec Tinan à qui j’avais vaguement parlé de mes inquiétudes.  Hyperactif, très mince, dormant peu, toujours en déplacement, Tinan a fait un arrêt cardiaque en 2014 quelques jours après son trente-cinquième anniversaire lors d’une soirée salsa. Malgré la difficulté de ce deuil prévisible et pourtant difficile à accepter de par sa rapidité éclair, malgré la tristesse de ma part humaine, je sais que cette expérience a été juste au niveau de l’âme car elle visait notre avancée respective. Et je me félicite d’avoir vécu cette expérience très forte. Je sais que Tinan va bien et qu’il continue son évolution comme il le souhaitait et comme il m’avait expliqué un mois avant son départ. Des conversations banales abritent parfois de vrais échanges entre âmes.

Selon moi, je pense qu’il est temps de comprendre que l’amour n’est pas ce qu’on en dit et ce qu’on en fait en général. Ce n’est certainement pas attacher les autres mais plutôt les comprendre dans leur chemin. Nos âmes ont besoin de nourritures si différentes, nous venons apprendre des choses qui sont incomparables entres nous. L’erreur est de penser que, parce que nous nous ressemblons extérieurement, nous devons tous suivre le même chemin. Accompagner l’autre sur le chemin qu’il a choisi peu importe sa direction est la plus belle forme de respect et d’amour qui soit. Si la personne manque de conscience et n’a pas choisi son expérience, là il est nécessaire de l’aider. Mais encore faut-il être certain que cela soit le cas et ne pas projeter ce que nous aimerions pour elle.

L’amour est-ce seulement défendre une cause qui nous parait juste ? Ca, c’est ce que les humains ont décrété mais  rien n’est à défendre par amour, tout est seulement à accepter car tout est. Manger un animal ne serait donc pas de l’amour sous prétexte que l’animal a souffert pour servir de repas à l’humain ? Mais qu’est ce que l’humain sait vraiment de ce qu’est l’amour ? La souffrance est-elle le contraire de l’amour ? Quel sens pouvons nous donner par exemple à ce coutume barbare et parfaitement répugnante à nos yeux qu’est le cannibalisme ?

L’amour est partout. Dans le morceau de viande dans notre assiette comme dans le sourire d’un enfant,  dans le pervers narcissiques qui nous pousse chaque jour à  faire sauter nos réflexes victimisants comme dans la mère aimante, dans la  barbarie de la guerre comme dans la paix. Tant que nous nous obstinerons à réduire l’amour à ce qui nous arrange, à le limiter exclusivement à des expériences d’expansion  en dénigrant toutes les expériences de limitation que nous appelons le « négatif », nous serons toujours coupés de nous-mêmes. Rien n’est négatif, tout est plutôt accepté ou non  accepté pour notre évolution. Le contraire de l’amour n’est pas le non-amour ni même la haine, c’est la non connaissance de soi.

 

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